Fédération Nationale des Étudiant.e.s en Soins Infirmiers

L'association représentative des 94 000 étudiant.e.s en soins infirmiers de France

Sérum 58 – Culture

Interview sur le bien-être étudiant : le Professeur Walter Hesbeen

Walter Hesbeen est infirmier et docteur en santé publique. Professeur à l’Université catholique de Louvain (UCL-Belgique), Responsable pédagogique du Groupe francophone d’études et de formations en éthique de la relation de service et de soin (GEFERS-Paris-Bruxelles) et Rédacteur en chef de la revue Perspective soignante. w.hesbeen@gefers.fr

Aujourd’hui, nous avons interrogé Monsieur Hesbeen, auteur de nombreux ouvrages de réflexions soignantes, sur la question du bien-être étudiant. Voici le message qu’il a souhaité transmettre.

“La notion de bien-être renvoie à une perception : le sentiment d’être bien. Un tel sentiment est personnel, le bien-être perçu par l’un n’équivaut pas, dans des contextes pourtant identiques, à celui perçu par d’autres.

Le sentiment de bien-être des étudiants qui poursuivent une même formation et fréquentent un même établissement est ainsi fonction de facteurs multiples. Si certains de ces facteurs sont communs, d’autres sont personnels mais également contextuels le tout se conjuguant pour un bien-être – ou un mal-être -, dont la perception est variable selon l’intensité de ce qui est ressenti par chacun.

Nous pouvons identifier un certain nombre de ces facteurs afin de repérer, selon un contexte donné, ceux sur lesquels agir prioritairement ou plus intensément, soit de manière individuelle, soit de manière collective. Pour ma part, j’en retiendrai cinq ici en précisant qu’il ne s’agit pas d’une énumération exhaustive mais d’une brève présentation des cinq facteurs sur lesquels il m’apparaît le plus important de réfléchir. 

Le premier facteur de bien-être est relatif à l’étudiante ou l’étudiant que je suis. C’est de « moi » dont il est question. Moi dans ma vie de tous les jours, moi dans le choix des études que j’ai opéré et dans le plaisir que j’en retire, moi face aux facilités ou difficultés que je rencontre pour mener à bien mon parcours et tout ce qui caractérise un tel parcours. Moi dans ma manière d’avoir intégré et de m’être approprié les exigences associées à mon « métier d’étudiant » ? Moi dans mon rapport à mon entourage et face à la considération que j’y perçois pour les études que j’ai entamées et le métier que je souhaite exercer. 

Le deuxième facteur est celui de « mon école », c’est-à-dire le lieu où se déroulent mes études. En quoi l’IFSI au sein duquel j’étudie est-il conçu pour faciliter mes études ? Est-il aisément accessible ? Les locaux sont-ils suffisamment spacieux et leur agencement est-il approprié ? Leur esthétique a-t-elle été pensée pour offrir un environnement agréable ? L’atmosphère qui s’y ressent est-elle bienveillante, aidante, apaisante? Le matériel est-il adapté ? Le centre de documentation permet-il un accès aisé aux bases de données et à la littérature et est-il propice à l’étude ? 

Le troisième facteur est celui de la « qualité pédagogique ». Le projet pédagogique de l’IFSI reflète-t-il une ambition riche tant pour la dynamique d’apprentissage que pour l’exercice du métier infirmier ? Les cours et les activités diverses sont-ils pertinents en terme de contenu et des liens facilitant la compréhension sont-ils établis avec la pratique infirmière ? Les enseignants ou les  formateurs favorisent-ils l’appropriation des savoirs et des techniques et leur passion se ressent-elle à l’occasion de leurs interventions ? Leur créativité permet-elle une pédagogie propice à l’envie d’étudier et à l’élévation de la pensée ? Suscitent-ils la curiosité et l’ouverture sur le monde ? Les informations et consignes sont-elles accessibles, cohérentes et compréhensibles par chacun ? 

Le quatrième facteur est celui des « lieux de stage » ? Comment ceux-ci sont-ils sélectionnés par l’IFSI et quelles exigences formelles l’école a-t-elle pour sélectionner ou non un service ou un établissement ? Quels liens y a-t-il entre l’équipe pédagogique et les professionnels et comment les milieux cliniques sont-ils évalués pour la qualité pédagogique des stages et pour la préoccupation éthique dont on y fait preuve en regard des stagiaires ? Comment les stages sont-ils attribués ? Comment les stagiaires y sont-ils préparés et comment y sont-ils accueillis, accompagnés, évalués ? Quelle passion et quelle rigueur émanant des tuteurs et maîtres de stages y perçoit-on ? Quelle importance y accorde-t-on à la bienveillance et quel refus y perçoit-on de la complaisance ?  Comment les situations vécues en stage par les étudiantes et les étudiants sont-elles analysées et mise en perspective avec l’équipe pédagogique afin  d’alimenter et d’affiner la réflexion et concourir au déploiement d’une intelligence soignante de situation ? 

Le cinquième et dernier facteur est celui du « groupe de classe ». En quoi le groupe – une promo – se montre-t-il soucieux de rapports humains harmonieux, empreints de considération et de bienveillance ? Comment y est-on aidé à prendre conscience de l’incompatibilité de certaines manières d’être, de faire et de s’exprimer avec le futur métier d’infirmière ou d’infirmier ? Comment chacune et chacun y est-il éveillé à la rudesse malfaisante que revêtent parfois les comportements ? Quel souci de solidarité y perçoit-on et quel sens de la convivialité y développe-t-on ? Quelle volonté anime le groupe pour qu’une ambiance propice au plaisir d’étudier imprègne la promo et quelle vigilance y déploie-t-on pour repérer les sources de difficulté ? Quels moyens se donne-t-on pour développer des activités extra-scolaires favorisant l’ouverture sur le monde avec la découverte des « choses de la vie », l’étonnement, le goût de l’esthétique et la sensibilité qu’une telle ouverture rend possible ? 

Comme mentionné plus haut, ces cinq facteurs ne recouvrent pas à eux seuls tous les éléments à prendre en compte pour agir sur le bien-être étudiant mais ils me semblent offrir une base sérieuse de réflexion et d’actions et se présentent, de la sorte, comme un socle – ou la fondation – à une telle préoccupation.“

Interview réalisée par Delphine SASSUS, Vice-Présidente en charge des Publications et de la Culture.

Sérum 58 – Culture
Share this post