Fédération Nationale des Étudiant.e.s en Soins Infirmiers

L'association représentative des 90 000 étudiant.e.s en soins infirmiers de France

Le handicap dans la formation en soins infirmiers

Le handicap est une notion que nous abordons au cours de la formation infirmière lorsqu’il est question de la prise en charge de personnes en situation de handicap et la manière de répondre à leurs besoins. Cependant, qu’en est-il au sein de notre formation et de notre profession?

Depuis plusieurs années, la FNESI s’intéresse de près à savoir comment la formation peut intégrer des étudiant.e.s dans cette situation et la manière dont ils/elles peuvent affronter le monde du travail. Aujourd’hui, le handicap est soumis à des représentations très ancrées dans les esprits, faisant ainsi douter sur les aptitudes d’une personne et sa capacité à exercer une profession, surtout dans le domaine de la santé où nous devons prendre soin des autres et non être ceux/celles dont on doit prendre soin.

Qu’est-ce que le handicap?

Le handicap est, selon la loi du 11 février 2005, une “limitation d’activité  ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant.

A ce jour, il existe cinq formes de handicap: moteur, psychique, mental, sensoriel ainsi que les maladies invalidantes. Il est important de rappeler que le handicap n’est pas toujours visible. En effet, 80 à 85 % des personnes en situation de handicap sont touchées par un handicap invisible. Paradoxalement, le « fauteuil roulant » reste le logo privilégié pour signifier une invalidité, à l’exemple des places de parkings, toilettes…etc. L’OMS, quant à lui, souligne dans sa définition l’aspect environnemental plus que social. Il participe à l’évolution du terme de « personne handicapée » à « personne en situation de handicap », mettant davantage en lumière un environnement inadapté à la personne.

L’accessibilité et le handicap au coeur des IFSI

  • Des IFSI concernés et impliqués

En France, certains IFSI se démarquent par des projets, implications, où étudiant.e.s et personnes en situation de handicap se rencontrent pour mieux comprendre leur vécu, et mieux appréhender dès lors, le soin en stage. Ainsi, la FNESI est allée à la rencontre de deux instituts, afin d’échanger avec eux sur cette thématique.

  • L’IFSI de La Roche sur Yon (85)

L’institut de formation aux professions paramédicales de La Roche-sur-Yon s’attache depuis un an et demi déjà à organiser une journée intitulée « Handisport » où étudiant.e.s en soins infirmiers comme élèves aide-soignant.e.s sont mis.e.s en conditions grâce à un partenariat créé entre l’institut et des clubs de handisport. Le directeur de l’IFPP, à propos de ce partenariat : « c’est remarquable de la part du club de handisport d’être si réactif pour que se crée un véritable partenariat ». « Ils/elles essaient de mettre en place des choses pour être acteurs du changement du regard des autres ».

C’est de cette manière qu’ils/elles ont pu choisir le public auquel ils souhaitent s’adresser : des étudiant.e.s en santé ! De cette manière, les barrières s’effacent et chacun.e peut aborder les problèmes de fond comme l’accessibilité des choses du quotidien pour les personnes en situation de handicap.

  • L’IFSI du CRIP à Castelnau le Lez (34)

Avec des promotions de 20 étudiant.e.s, venant de toute la France (DOM-TOM compris), cet institut de formation a la particularité d’accueillir uniquement des étudiant.e.s en situation de handicap. Les conditions d’entrée sont identiques à un IFSI traditionnel car soumis au même référentiel de formation, cependant, ils disposent d’aménagement divers et variés durant le concours et pour les examens semestriels en fonction du handicap de chacun et des prescriptions médicales fourni par les médecins des candidat.e.s. Alors même que certains IFSI peinent à mettre en place le tiers temps lors de l’examen d’entrée dans la formation, les étudiant.e.s reconnus comme travailleurs/ses handicapé.e.s par la MDPH et qui passant le concours d’entrée dans cet IFSI peuvent bénéficier, toujours sur prescription médicale, d’ordinateurs, de copies en caractères grossis etc…

De plus, durant la formation théorique, ils/elles peuvent bénéficier de vidéos sous-titrées permettant aux déficient.e.s auditifs/ves de pouvoir suivre les cours en toute sérénité. Le fait que les promotions soient de faible effectif permet un accompagnement de qualité de la part des cadres de santé formateurs/trices. Ce qui est faisable dans d’autres instituts de formations en soins infirmiers ne l’est pas nécessairement pour cet institut qui tient à pouvoir être le plus présent possible pour accompagner ses étudiant.es.

Cependant, tous les types de handicap ne sont pas acceptés. En effet, l’approche par compétence de la formation fait que, dans certaines situations, notamment pour les personnes en fauteuil roulant, certain.e.s ne pourront pas valider au minimum une compétence du référentiel alors que c’est la validation des 10 compétences complémentaire à la validation des unités d’enseignement qui permettra l’obtention du diplôme d’état. Les personnes présentant des handicaps mentaux ne sont également pas acceptées.

Il ne faut pas confondre aptitude et handicap, il y a toute une communication et une sensibilisation à mener auprès des professionnels de santé” tient à préciser le directeur de l’institut. En ce qui concerne l’organisation de l’équipe pédagogique et de la formation, le directeur précise: “ici, le faible effectif nous permet de mettre en place un suivi et un projet personnalisé pour chaque étudiant.e en fonction de ses projets. Nous avons sur place une équipe pluridisciplinaire composée d’ergothérapeutes, de psychologues, de médecins et d’infirmier.e.s qui sont là pour accompagner les étudiant.es tout au long de leur formation, les aider à trouver des méthodes afin d’effectuer des gestes techniques en fonction de leurs capacités mais également pour les accompagner dans leur insertion professionnelle.

Nous nous sommes alors questionné.e.s sur le vécu des étudiant.es de cet IFSI sur les lieux de stage. “Nous avons créé comme un partenariat avec les différents lieux de stages, ils nous connaissent et ont l’habitude de recevoir nos étudiant.e.s chez eux. Nous intervenons de manière ponctuelles afin de sensibiliser les équipes et de les former à la prise en charge d’un étudiant.e en situation de handicap.” nous explique un formateur de l’IFSI.

Du côté des étudiant.e.s, c’est le même discours que nous avons pu entendre “J’ai été mutée d’un IFSI traditionnel à ici en début de ma troisième année. Dans mon ancien IFSI, on me faisait comprendre que je n’avais pas ma place dans la formation, et on m’a même demandé pourquoi je ne restais pas chez moi et à profiter et vivre grâce à l’Allocation Adulte Handicapé.” déclare une étudiante en troisième année, “arrivé.e.s ici, nous sommes tous dans la même situation, nous sommes très bien entouré.e.s et accompagné.e.s, autant sur l’IFSI que sur les lieux de stage, les formateurs/trices viennent nous voir environ 3 fois par stage.

En ce qui concerne l’entrée dans la vie professionnelle, les étudiant.e.s ne s’inquiètent pas réellement de la difficulté potentielle qu’il pourrait y avoir mais bien des difficultés qu’ils pourraient rencontrer avec certaines équipes. “Je ne m’inquiète pas pour trouver un emploi. La loi exigeant un minimum de 6% de travailleurs/ses handicapé.e.s au sein des établissements sous peine d’une contravention, les demandent sont nombreuses. Je pense que c’est un des avantages à être handicapé.e.s, on a moins de difficulté à trouver un travail.” explique une étudiante en troisième année atteinte de surdité. C’est également l’avis de la direction qui affirme que la demande est même supérieure à l’offre qu’ils peuvent proposer.

Les états généraux, une piste de réfléxion

Lors de son congrès en novembre 2017, la FNESI a lancé ses premiers états généraux divisés en plusieurs axes.
Une des parties porte sur la thématique de l’accessibilité de la formation et de la profession infirmière aux personnes en situation de handicap.
L’objectif de ces états généraux est de pouvoir réfléchir ensemble, avec la mobilisation des étudiant.es de toute la france à comment nous pourrions agir afin de sensibiliser les professionnels de santé, les IFSI ainsi que les étudiant.es au handicap et nous permettre de porter la voix des étudiant.es au plus haut sur cette problématique.

Si toi aussi tu as des avis sur la question, n’hésite surtout pas à nous envoyer un mail ou à te rapprocher de ton BDE afin de savoir comment vous pourriez organiser ces états généraux au sein de votre IFSI. De plus, est à ta disposition le guide pratique des états généraux avec milles et une idées et astuces afin de te permettre d’organiser au mieux cet événement.

Mélina RACHET, Vice-présidente en charge des Affaires Sociales

Cyrielle GARREAULT, Vice-présidente en charge de l’Innovation Sociale

Chloé WYCICHOWSKI, membre de la Commission Spécialisée Publications

Témoignages d’étudiant.e.s

  • Hors le handicap, les maladies génétiques peuvent également être la source de difficultés au sein de la formation. C’est en tout cas le cas de Benjamin, étudiant en première année à l’IFSI de Thonon les Bains qui nous explique sa situation:

“Je suis atteint d’un maladie chronique, la leucinose, qui nécessite parfois que je sois hospitalisé. J’ai beaucoup réfléchi avant de me lancer dans cette formation et ai consulté en amont les médecins qui me suivent ainsi que mon entourage. Ils m’avaient conseillés de ne pas mentionner ma maladie lors de l’examen d’entrée. Selon eux, les examinateurs risquaient de penser que ma principale motivation était de me soigner moi-même. Cela parait insensé mais j’ai découvert par la suite qu’être porteur d’un handicap pouvait être discriminant au moment du concours et au cours de mes études.

Aujourd’hui, je rencontre des difficultés car le référentiel de notre formation n’est pas adapté pour quelqu’un comme moi, le tiers temps n’étant pas mis en place pour les partiels et le seuil d’absences tolérées étant de 12 jours par semestre, qui peuvent être dépassés de par mes hospitalisations.”

Benjamin Maillote, ESI de 1ere année

 

  • Nous sommes également allés à la rencontre d’Armand, étudiant en troisième année à l’IFSI de Grenoble.

“Je suis atteint d’une agénésie légère du membre supérieur gauche. J’ai, depuis la naissance, une main gauche plus petite que la droite et où il manque l’index et plusieurs phalanges mais j’ai toujours eu le pouce opposable ce qui rend cette main fonctionnelle. De plus, du fait que ce soit une malformation de naissance, j’ai pu développer très tôt des mécanismes d’adaptations efficaces qui me permettent de réaliser tous les actes de vie quotidienne. Avant de m’engager dans la formation, j’ai hésité, de par le fait qu’à cause de cette malformation, j’avais du abandonner mon projet d’entrer dans l’armée. Mais, avant même de passer les concours, je suis allé voir un médecin agréé qui m’a fourni un certificat d’aptitude sans aucun problème.

Pendant les épreuves écrites du concours d’entrée, je n’ai pas eu de soucis. En revanche, durant l’épreuve orale j’ai pris l’initiative d’en parler moi même, j’ai donc expliqué que durant les stages d’observation que j’avais pu réaliser pendant la classe préparatoire au concours infirmier, j’avais eu l’occasion de manipuler des kits à pansements, de m’essayer à mettre des gants stériles et que cela ne me posait aucun problème. Je pense que le fait d’avoir été proactif sur ce problème a été décisif dans ma réussite au concours, cela m’a semblé avoir rassuré le jury sur mes capacités à suivre la formation. Contrairement à ce que je croyais les formateurs/trices de mon IFSI n’ont jamais émis de remarques. Lors des séances de TP de manipulation de matériel, ils/elles m’ont laissé m’adapter pour réaliser le geste attendu. J’ai été surpris de voir qu’en stage beaucoup de mes encadrant.e.s n’ont pas vu ma malformation tout de suite, souvent même une semaine ou deux après notre rencontre. Si je devais dire quelque chose aux étudiant.e.s dans cette situation et qui hésitent à se lancer dans la formation, je leur conseillerais d’abord de rencontrer des étudiant.e.s en soins infirmiers ou des infirmier.e.s diplômé.e.s qui sont les gens les plus à même pour juger des capacités physiques nécessaire pour l’exercice du métier infirmier puis, je leur dirais de ne pas perdre espoir, qu’il existe toujours des solutions.”

Armand Debruyne, étudiant en 3eme année

Quelques chiffres

Lors du Comité Interministériel du Handicap du 20 septembre 2017, des chiffres clés ont été annoncés sont donnés en matière de scolarité en France. SEn outre, sur 380 000 élèves en situations de handicap, on recense 25 000 continueront leurs études et deviendront étudiant.e.e.s.

Comment s’insèrent-ils/elles dans le monde du travail? En 2013, les salarié.e.s en situation de handicap représentent 3,3% des salarié.e.s du secteur privé et 5,17% du secteur public en 2015. Dans la législation, la loi du 10 juillet 1987, fixe une obligation commune aux deux secteurs de 6%, jusqu’alors non respectée ; le taux de chômage des personnes en situation de handicap étant deux fois supérieur à la moyenne nationale.

Le handicap dans la formation en soins infirmiers
Share this post