Positions de la FNESI dans le cadre du Ségur de la Santé 2020

Le Ministre des Solidarités et de la Santé, Monsieur Olivier Véran, a annoncé le 25 mai 2020 le lancement de concertations nationales appelées « Ségur de la Santé ». Le pari est lancé : refondre l’ensemble du système de santé en 7 semaines.


Introduction

Les ESI ont été mobilisé·e·s dans la crise sanitaire au même titre que les professionnel·le·s de santé, parfois au détriment de leur formation théorique et pratique. Nous avons aussi assisté au renforcement des problématiques et inégalités déjà fortement présentes au sein de la formation en soins infirmiers : mal-être des étudiant·e·s, manque de considération et de soutien, rigidité du référentiel de formation, etc.

Aujourd’hui, il est temps de tirer les enseignements de cette crise en fixant, ensemble, les grandes priorités de la refonte du système de santé de demain. En tant qu’unique structure représentative des 94 000 étudiant·e·s en soins infirmiers, la FNESI propose, à travers ce document, l’ensemble des positions portées dans le cadre de ce Ségur de la Santé, pour une amélioration rapide des conditions de formation théorique et pratique des ESI.

Ces notes permettent de cibler plus précisément les différentes thématiques abordées en les regroupant sous trois typologies ainsi qu’une note récapitulative (accessible en cliquant ICI ou sur le lien) de l’ensemble des positions abordées :

  • Développement de la formation en soins infirmiers
  • Carrières et rémunération
  • Simplification des organisations et du quotidien

Note sur la revalorisation des indemnités de stage

La formation des Étudiant·e·s en Soins Infirmiers (ESI) comprend 2100 d’heures de formation clinique en stage, réparties sur trois années. Des indemnités sont versées aux étudiant·e·s, entre 28 et 50€ par semaine en fonction de l’année de formation, soit entre 0,80€/heure et 1,30€/heure.

Pour comparaison, le montant actuel des indemnités de stage versées aux étudiant·e·s de l’enseignement supérieur est cinq fois plus élevé (3,90€/h) que les futur·e·s infirmier·e·s, pourtant qualifié·e·s le 5 juillet 2018 d’“étudiants comme les autres” par la Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Madame Frédérique VIDAL.


Note sur les congés universitaires des ESI en promotion professionnelle

Les études en soins infirmiers sont accessibles en formation initiale et continue. Ainsi, depuis l’arrêté du 23 janvier 2020, au moins 25% des Étudiant·e·s en Soins Infirmiers (ESI) de chaque promotion d’IFSI s’inscrivent dans le cadre de la formation professionnelle continue.

L’organisme financeur des études de ces ESI peut être pôle emploi, un employeur public ou privé, un organisme de formation continue ou sur ressources personnelles. Néanmoins, la plupart d’entre eux·elles sont en promotion professionnelle, soit financé·e·s par un employeur tel qu’un centre hospitalier, un EHPAD, une clinique privée, ou autre.


Note sur la mise à disposition et l'entretien gratuit des tenues professionnelles

Dès son entrée en IFSI et durant toute sa formation, chaque ESI est soumis au Code de Déontologie Infirmier. Durant leurs 2100 heures de stages, les ESI sont soumis·e·s, tout comme les professionnel·le·s infirmier·e·s, à des mesures d’hygiène strictes respectant des règles fixées par le Centre de Coordination de la Lutte contre les Infections Nosocomiales (CCLIN), soit une tunique et un pantalon.

Pour cela, divers dispositifs sont mis en place dans les IFSI : achat à charge de l’étudiant·e, prêt et entretien assurés par l’institut ou le lieu de stage.


Note sur la création d'un décret par compétences

L’infirmier·ère détient des compétences transversales telles que l’évaluation clinique, les soins relationnels, l’éducation thérapeutique, la prévention ou encore la recherche scientifique, permettant d’assurer une prise en soins globale des patient·e·s.

Malgré cette pluralité de compétences et un rôle primordial au bon fonctionnement du système de santé, la profession manque, encore actuellement, de reconnaissance.


Note sur la délivrance du diplôme d'état par l'université

Le grade licence, d’abord vu comme une reconnaissance d’un niveau licence, a montré de nombreuses limites depuis ses débuts. Pour ne citer que quelques exemples : difficultés dans l’accès aux poursuites d’études et une reconnaissance au niveau international qui ne facilite pas la diversité de projets professionnels à l’étranger.

Plus de 10 ans après la sortie du dernier référentiel, il devient urgent de se concentrer sur les avantages de l’ouverture d’une refonte du référentiel infirmier basé sur un Diplôme National de Licence (DNL) délivré par l’Université.


Note sur la plateforme d'évaluation systématique des stages

L’Évaluation Systématique des Lieux de Stage, retrouvée dans les 15 engagements pour le Bien-Être des Étudiants en Santé pris par l’ex-Ministre des Solidarités et de la Santé, Madame Agnès Buzyn et la Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Madame Frédérique Vidal, le 3 avril 2018.

L’absence de l’accomplissement de cet engagement, se fait d’autant plus ressentir en pleine période de crise sanitaire du COVID-19. En effet, les dysfonctionnements déjà présents dans les terrains de stage ont fortement été accentués depuis le 16 mars, engendrant une mise en danger des ESI. Sentiment d’insécurité, détresse psychologique, exercice illégal, viennent désormais renforcer le quotidien des étudiant·e·s.


Note sur la rémunération des infirmier·ère·s

D’après une étude de la Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et des Statistiques (DREES), en 2012, la moyenne des salaires des infirmier·ère·s de soins généraux se situait autour de 1711€ net. Dans la Fonction Publique Hospitalière (FPH), un·e infirmier·ère débute sa carrière à un salaire équivalent à 1419€ net/mois et ce, pour une durée de minimum de 2 ans d’exercice.

Ces chiffres placent ainsi la France à la 26ème place dans le Panorama de la Santé de l’OCDE en 2015, qui calcule la rémunération des infirmier·ère·s à l’hôpital par rapport au salaire moyen du pays. Ainsi, le salaire moyen d’un·e infirmier·ère français·e se situe 5% en deçà du salaire moyen français, là où la moyenne de l’OCDE se situe à 14% au-dessus du salaire moyen.


Note sur la valorisation du statut de tuteur·rice de stage

Le mal-être ressenti par les ESI durant leurs stages est inhérent à la désorganisation des services, sans cesse sous tension et sans réelle politique d’encadrement. Il devient urgent que les directives nationales soient respectées ainsi que de nouvelles mesures soient prises par les pouvoirs publics afin de garantir de meilleures conditions de stage pour tou·te·s les ESI et étudiant·e·s en pratique avancée.

Ainsi, cette note, encore trop peu respectée dans les établissements d’accueil, ne va pas encore assez loin. Elle doit être renforcée pour assurer la revalorisation du statut de tuteur·rice. Il est impensable de maintenir des conditions de stage aussi défavorables à l’apprentissage, mettant même en danger l’équilibre psychologique des ESI.


Note sur le développement des sciences infirmières

Le développement des sciences infirmières en France est proche, malgré le retard de plus d’un siècle par rapport à l’Amérique du Nord, notamment le Québec. De nombreuses études internationales démontrent la plus-value du développement des sciences infirmières pour l’amélioration de la prise en soins des patient·e·s.

Le Secrétariat International des Infirmières et Infirmiers de l’Espace Francophone (SIDIIEF), auquel la FNESI adhère depuis 10 ans, défend dans sa déclaration de Genève adoptée en 2012, l’instauration d’un système d’enseignement universitaire couvrant les 3 cycles d’études en sciences infirmières.

Après cette crise sanitaire, qui a démontrée l’obsolescence de notre formation, il est temps d’accélérer le développement des sciences infirmières en France, dans l’intérêt des étudiant·e·s, de la profession ainsi que celui du patient·e.


Note sur le développement du numérique dans la formation

Nous avons pu donc assister à un développement exponentiel de la pédagogie via les outils du numérique dans l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur. Les universités ont rapidement su se réorganiser pour assurer la continuité pédagogique, là ou d’autres établissements ont dû se heurter à des difficultés fonctionnelles et organisationnelles.

Entre les IFSI même, les conditions matérielles réunies étaient inégales : certains disposaient d’une plateforme locale, universitaire et régionale là où d’autres n’avaient rien ; certains disposaient de supports pédagogiques déjà existants et régulièrement alimentés pour une utilisation fréquente, là où d’autres ont dû créer des supports en quelques semaines ; etc.

Ainsi, nous observons depuis le début de la crise sanitaire, une inégalité de formation entre tous les IFSI, qui, en finalité, impacte les compétences des futur·e·s professionnel·le·s de santé.


Note sur le transfert de la gestion des bourses des formations sanitaires et sociales

Depuis la loi de décentralisation du 13 Août 2004, les Régions ont obtenues de nouvelles responsabilités pour les formations sanitaires et sociales. Cet élargissement de compétences concerne notamment la gestion financière des Instituts de Formations en Soins Infirmiers (IFSI) puisque « s’agissant du financement de ces établissements, elle en confie la responsabilité à la région lorsqu’ils (les IFSI) sont publics ».

Ces nouvelles compétences concernent à la fois la gestion financière de la formation et la gestion des Bourses des Formations Sanitaire et Sociale en application des articles 55 et 73 de cette même loi. Cependant, une différence de traitement existe dans le cadre des aides sociales entre les étudiant·e·s en soins infirmiers et les autres étudiant·e·s de l’enseignement supérieur de par un mode de fonctionnement différents entre les Crous et les Régions.


Ségur de la Santé 2020