Fédération Nationale des Étudiant.e.s en Soins Infirmiers

L'association représentative des 94 000 étudiant.e.s en soins infirmiers de France

Sérum 59 – Culture

Imaginer la formation de demain

La carrière d’un infirmier n’est pas celle d’un radeau sur un long fleuve tranquille mais bien d’un voilier en pleine tempête.

Je m’explique, notre métier évolue, nos pratiques changent et à nous professionnel de terrain de s’adapter. Il est de notre décret de mettre en place les données issues de la science dans nos pratiques même si les soignants réfractaires au changement existent.

Nous sommes à un carrefour d’une évolution de notre profession. D’une part par l’intégration du volet numérique dans les soins, la gestion des soins et la gestion du parcours patient etc… grâce aux travaux menés par le projet de Dominique Pon « le tour de France de la e-santé en 17 étapes » de ma santé 2022 et d’autre part avec la parution du décret sur la création au Conseil National Universitaire  des sciences infirmières (CNU 92) pour acter l’universitarisation de notre profession.

-Infirmier depuis 15 ans en CHU

-Formateur en simulation, 

-Infirmier sapeur-pompier volontaire, ancré dans la recherche paramédicale,

Je souhaite faire bouger les liens entre l’IFSI et le terrain. J’interviens ponctuellement en IFSI pour des cours ou jury de MFE. Actuellement en reprise d’étude, je suis doctorant en psychologie cognitive après un master 2 en sciences de l’éducation. Tous les CHU ne financent pas ces reprises universitaires. J’ai dû prendre une disponibilité et me faire embaucher en convention CIFRE (pour les 3 ans de la thèse) par une société de la région Bordelaise spécialisé dans l’édition de simulateurs numériques et de réalité virtuelle en santé. Ma thèse porte sur l’apprentissage des étudiants infirmiers à travers l’utilisation des simulateurs numériques en formation initiale.

La simulation numérique en formation permet une réingénierie pédagogique innovante. Cette approche, est une modalité décrite par l’HAS pour intégrer de la simulation (HAS, 2012). 

Grâce au numérique et aux nouvelles technologies, nous pouvons en formation initiale ou continue s’entrainer sur des situations de soins auxquelles nous n’aurions pas eu l’occasion de connaître ou d’appréhender durant nos études.

Celles-ci sont mises à notre disposition pour augmenter et faciliter notre cursus expérientiel, dans le but de mettre en œuvre notre raisonnement clinique et ses attributs pour favoriser une meilleure prise en soin du patient et sa famille, plus rapidement, dans de meilleures conditions et surtout limitant son temps d’hospitalisation. Pour aller dans ce sens, s’entrainer et s’entraider entre professions multidisciplinaires améliore la qualité de prise en charge du patient surtout avec les créations des maisons de santé et l’ouverture vers le retour à domicile précoce.

Et si le numérique l’envisageait ? Le numérique permet par exemple de s’entraîner à des réunions pluridisciplinaires avec tous les acteurs de soins pour prévoir un plan de soins personnalisé et envisager le retour à domicile précoce du patient, ou s’entraîner sur différents lieux de stages, ou à des conflits interculturel aux urgences, prise en soins de victimes en afflux massif, s’exercer au raisonnement clinique, au tutorat, à la prise de décision sans risque (etc…). 

C’est à vous, étudiants infirmiers, d’être le moteur de cette interdisciplinarité, cette complémentarité dans l’exercice de notre profession. Nous sommes tous d’accord, le numérique ne viendra jamais remplacer la pratique, mais permet de s’y préparer par l’entrainement. Dans les années à venir, (bientôt) les étudiants infirmiers auront un parcours (complémentaire à la formation théorique) de formation par simulation en mutualisant les différentes approches. 

Ex : Vous travaillez sur la pose de chambre implantable. Vous ferez en amont de la pédagogie inversée pour l’apprentissage théorique puis l’aborderez sous l’angle « patient standardisé » pour travailler vos compétences relationnelles, votre positionnement posturale (vous asseoir ? rester debout ?)… puis vous ferez du procédurale sur un dispositif spécifique puis de la simulation hybride avec un vrai patient (acteur) qui aura une prothèse de perfusion sur son torse pour cumuler vos apprentissages. Vous pourrez faire de la simulation plein échelle pour travailler vos compétences dites « non techniques » telle que la communication, la prise de décision, l’appel à l’aide en situation réelle… et enfin vous l’aborderez par la simulation numérique ou la réalité virtuelle pour multiplier les environnements différents et ancrer les procédures et les questions de connaissances théoriques. Enfin vous terminerez par un débriefing lié à chaque situation. C’est l’ancrage des connaissances par la réflexion de groupe et la verbalisation de ses actions.

Dans une dernière partie, je souhaiterai vous sensibiliser tous individuellement sur le fait qu’ensemble les choses peuvent bouger. Chacun peut apporter sa pierre à l’édifice, pour notre profession. Vous êtes le vivier de demain. Tout le monde, dans sa spécialité, son domaine d’exercice et d’expertise contribuera à l’amélioration de la  prise en soin du patient, de la qualité des soins apportés pour lui et sa famille. 

Le MFE est perçu pour certains comme inutile. Cependant il permet de vous lancer dans une dynamique de réflexivité interprofessionnelle pour éviter d’entendre : « pourquoi tu fais comme ça ? parce que j’ai toujours fait comme ça ». Il est de notre responsabilité, impulsé par notre décret de mettre en place les données probantes dans les soins pour garantir la qualité des soins (Poiroux, 2016). 

Nous aurons davantage de légitimité auprès de tous, comme au niveau international quand nos pratiques cliniques seront appuyées sur ces preuves scientifiques. C’est l’affaire de tous, à tous niveaux : exemple récent avec la nomination de l’infirmière Isabelle Fromantin au titre HDR (le plus haut niveau universitaire). Isabelle est toujours infirmière clinicienne, travaille entre le laboratoire et le terrain. Elle est un model pour notre profession.

C’est ce qui fait que notre profession est riche, en constante mouvance et nous permet de diversifier et d’actualiser nos connaissances pour assurer des soins justes et conformes aux patient à leurs familles. 

Guillaume Decormeille

Infirmier

Contact : guillaumedecormeille@wanadoo.fr

Interview réalisé par Romaric HERVO, Vice-Président en charge de la stratégie réseau national.

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