Fédération Nationale des Étudiant.e.s en Soins Infirmiers

L'association représentative des 94 000 étudiant.e.s en soins infirmiers de France

Sérum 58 – Dossier

L’intégration Universitaire

La FNESI se positionne depuis de nombreuses années en faveur de l’intégration universitaire de notre formation.

En 2009, la sortie de notre référentiel actuel a rapproché notre formation de l’université avec l’obtention du grade licence améliorant nos possibilités de poursuites d’études ou encore la mise en place des ECTS et des compétences. Depuis la rentrée 2018, suite à l’annonce du 5 juillet 2018, le Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) ainsi que le Ministère des Solidarités et de la Santé (MSS), ont annoncé que tou.te.s les ESI doivent être inscrit.e.s auprès de l’université à laquelle est rattaché leur IFSI. 

La première université de France naquit en 1150 à Paris et depuis, leur nombre ne cesse d’augmenter. Il existe aujourd’hui 73 universités sur le territoire national mais les IFSI sont rattachés à seulement 37 d’entre elles. Comment fonctionne et s’organise une université ? 

Tout d’abord, une université est un établissement public d’enseignement supérieur qui dépend du MESRI. Elle peut comporter plusieurs missions comme la formation initiale et continue tout au long de la vie, la recherche scientifique, l’orientation et l’insertion professionnelle. Elle participe aussi à la construction de l’Espace Européen de l’Enseignement Supérieur qui se traduit notamment par les ECTS.

La gouvernance 

La gouvernance centrale de l’Université se compose d’un.e président.e (élu.e pour 4 ans), de l’équipe présidentielle (les vices-président.e.s, les conseiller.e.s et les chargé.e.s de missions) et du conseil d’administration (réunissant un grand nombre d’acteurs/trices de l’université comme les représentant.e.s des professionnel.le.s, des étudiant.e.s, des professeur.e.s, de la région, etc). Le conseil d’administration (CA) est une instance politique et délibérative chargée de voter les budgets et la politique générale de l’université. L’autre conseil délibératif existant au sein de chaque université est le Conseil Académique (CAc). Il est composé de la Commission de Formation et de Vie Universitaire (CFVU) qui se charge de répartir les enveloppes budgétaires selon les formations ou encore des modalités d’évaluations et la Commission Recherche (CR) qui se charge de répartir les budgets destinés à la recherche. Le CA et le CAc sont ce qu’on appelle les conseils centraux. Pour chacun d’entre eux sont élu.e.s des représentant.e.s étudiant.e.s qui vont porter la voix de tou.te.s les étudiant.e.s de l’université pendant 2 années. 

Les UFR

L’université est organisée et structurée par composantes, aussi appelées UFR (Unité de Formation et de Recherche). Elles correspondent à une discipline (UFR Santé, Droit, Lettres et Sciences humaines, etc) et sont chargées de créer des liens entre l’Université et la recherche. Pour illustrer : à Angers, il existe une UFR Santé à laquelle sont rattachées toutes les filières de Santé dont les IFSI alors qu’à Brest il y a une UFR par filière (Médecine, Pharmacie, Odontologie, etc). Les composantes ont une gouvernance qui se compose d’un.e doyen.ne (élu.e pour 4 ans), parfois d’un.e vice-doyen.ne, d’un.e ou plusieurs directeurs/trices d’études et des responsables pédagogiques. Tout comme le conseil d’administration, l’ensemble des acteurs/trices de chaque composante se retrouvent au sein du conseil de l’UFR qui est son instance politique et délibérative. Des étudiant.e.s y siègent aussi afin de participer au bon fonctionnement de leur UFR de rattachement en votant les maquettes de formation ou programmes de recherche par exemple. Dans certaines UFR, nous retrouvons des conseils de département correspondant aux différentes disciplines. Par exemple pour l’UFR Santé : département de médecine, de pharmacie, d’odontologie, etc. 

Aujourd’hui, nous entendons sans cesse parler de l’intégration universitaire des IFSI, mais qu’est-ce que c’est au juste ? C’est un processus complexe qui consiste à renforcer le rattachement d’étudiant.e.s ou de formations à cet établissement d’enseignement supérieur. Il en existe cinq formes différentes, soit cinq façons d’être intégré à l’université. 

Laquelle selon toi se rapproche le plus de l’intégration universitaire des IFSI ? 

L’intégration des cursus = elle consiste en une reconnaissance de la formation de la part de l’Université avec un renforcement de la transversalité entre les formations. Par exemple : 

→ permet une meilleure réorientation des étudiant.e.s 

→ permet une plus grande poursuite d’études après l’IFSI 

L’intégration par les outils = c’est le développement d’outils communs à différents établissements d’enseignement supérieur pouvant relever du domaine du numérique ou de la simulation.

Exemple : mise en place d’une plateforme d’enseignements communs entre les IFSI et l’Université. 

→ permet une meilleure coordination et mise en commun des enseignements

→ permet de renforcer l’interprofessionnalité

L’intégration immobilière = est le fait de rassembler différentes formations au sein d’un seul et même campus ou établissement.  

Exemple : création d’Institut de Formation aux Professionnel.le.s de Santé (IFPS) ou bien d’un campus Santé

→ facilite la mutualisation des enseignements

→ facilite l’interprofessionnalité dans la formation 

→ vecteur de dynamique estudiantine 

L’intégration fonctionnelle = c’est le rattachement des instituts aux UFR de l’Université (souvent sous forme de départements) avec conservation de leur indépendance administrative et juridique. Les étudiant.e.s sont reconnu.e.s comme étudiant.e.s de l’Université et ont donc accès à ses services (BU, SUAPS, SUMPPS, etc).

Exemple : rattachement des IFSI à un département en sciences infirmières faisant lui-même parti d’une UFR Santé tout en gardant le contrôle de ses maquettes de formations. 

→ permet une reconnaissance du statut étudiant 

→ ouverture d’un collège départemental décisionnaire

→ facilite les poursuites d’étude au sein de l’université

L’intégration organique = la formation, la maquette et les formateurs sont sous la tutelle de l’Université. Un rattachement des IFSI à une composante universitaire a lieu (à travers un département ou non), l’équipe pédagogique est composée d’enseignant.e.s universitaires (maîtres de conférence, enseignant.e.s chercheurs) et la direction est élue comme à l’Université (et non pas nommée par les établissements de santé comme actuellement). Les ESI ont accès à tous les services universitaires et participent à la démocratie étudiante de l’Université. 

→ permet une reconnaissance du statut étudiant

→ un renforcement de l’interprofessionnalité 

→ développement de recherche

→ innovation des méthodes pédagogiques 

→ ouverture d’un collège départemental décisionnaire

→ permet un accès à l’ensemble des masters de l’enseignement supérieur

Aujourd’hui la FNESI souhaite l’intégration organique pour tou.te.s les étudiant.e.s en soins infirmiers, c’est ce qu’on appelle l’intégration pleine et entière des IFSI.

Et les IFSI dans tout ça ? Où en est l’intégration universitaire ? 

Jusqu’à présent, les IFSI sont rattachés aux Universités à travers un conventionnement. Une convention est signée entre l’Université, la Région et le groupement d’IFSI (appelé GCS, pour Groupement de Coopération Sanitaire), ce qui lui vaut le nom de “convention tripartite”. Il y est inscrit les noms d’Unités d’Enseignements (UE) qui sont dispensées par l’Université, le financement des enseignements, l’accès aux services universitaires, la délivrance du grade licence et le développement de la poursuite d’études, la participation des ESI aux instances de gouvernance, etc. Il y est également inscrit l’engagement financier de la région dans la formation des ESI. Ainsi, les IFSI sont conventionnés aux UFR et ne sont donc pas pleinement intégrés. 

L’intégration universitaire des IFSI n’est donc pas effective dans la plupart des universités françaises. Cependant, certaines d’entre elles mettent en place des outils et moyens pédagogiques avec les IFSI au travers de la convention tripartite, pouvant ainsi se rapprocher d’une intégration universitaire par les outils ou de cursus. 

Seules deux universités ont amorcé un processus d’intégration fonctionnelle en créant un département en sciences infirmières au sein de leur UFR : l’Université d’Aix Marseille et l’Université d’Angers.

L’Université d’Aix Marseille a créé un nouvel UFR : l’UFR de Sciences Médicales et Paramédicales. Elle regroupe ainsi quatre écoles qui sont régies par une même administration et un même conseil de gestion : école de Médecine, des Sciences Infirmières, des Sciences de la Réadaptation et de Maïeutique.

Les ESI peuvent ainsi voter et se présenter dans les conseils universitaires et pleinement bénéficier de ses services. De plus, la mise en place du Département Universitaire en Sciences Infirmières (DUSI) a permis de renforcer la poursuite d’études en créant des masters en sciences cliniques infirmières. 

C’est la première Université qui a créé un Département en Sciences Infirmières, en 2011 !

Florent Pelletier, étudiant en 2ème année à l’IFSI La Capelette, Marseille : 

Nous avons la chance, à Marseille, d’être dans une formation universitaire. Une expérience de faculté complétée par le suivi régulier de nos référent.e.s pédagogiques, grâce auxquels on comprend qu’on peut à la fois suivre un enseignement à l’IFSI, et à la faculté dans les amphithéâtres des grands hôpitaux de ville.

En plus d’avoir droit à certaines réductions avec la carte étudiante, de nombreux projets nous sont proposés au travers des organismes de faculté, notamment grâce au CROUS, aux associations étudiantes, aides aux envies d’arts, de développement personnel, l’apport culturel, mais également et surtout d’administration; face au monde de la fac. Quoi de mieux que de se sentir membre d’une communauté de plusieurs dizaines de milliers d’étudiants (d’Aix-Marseille, j’entends) ?

Et si certains ne seraient pas convaincus, que diriez-vous de venir avec vos amis réviser à la BU, découvrir un océan de livres pour réussir vos examens et vous instruire personnellement, comme on a tous pu en profiter depuis notre entrée à l’Université ? Il n’y a pas à dire, les études infirmières prennent une toute autre dimension une fois couplées à l’enseignement universitaire.

L’université d’Angers a créé une UFR Santé afin d’inclure les différentes filières dans des départements spécifiques. C’est dans ce contexte que voit le jour la création d’un DUSI en 2016 ouvrant aux ESI l’accès aux services universitaires et une participation à la démocratie étudiante.

Cela a également permis l’élaboration d’un Diplôme Universitaire en Recherche paramédicale, premier pas vers la recherche en sciences infirmières. Des projets sont également en cours sur de la création de masters et même de thèses. 

Perrine Godicheau, étudiante de 2ème année, IFSI du CHU d’Angers :

Au-delà des avantages du SUAPS, RU, BU et logement CROUS, l’Université m’a permis de rencontrer et d’échanger avec de nombreux/ses étudiant.e.s de différentes filières. Grâce à l’université, j’ai eu la chance d’avoir accès et la possibilité de participer à des évènements interfac et de me créer un réseau santé, mais pas que ! C’est aussi l’occasion d’échanger et de découvrir de nouvelles formations. Le dynamisme de l’Université via les évènements culturels sont un réel atout selon moi.

L’Université m’a également permis de faire découvrir la formation infirmière, et ainsi déconstruire de nombreux préjugés. Je rajouterai aussi que c’est grâce à cette intégration universitaire que je pourrai continuer dans un master ensuite”.

La FNESI défend depuis de nombreuses années déjà l’intégration universitaire pleine et entière de notre formation, soit l’intégration organique énumérée plus en amont dans l’article. 

Cette intégration permettrait : 

  • la création d’un DUSI dans chaque université induisant le développement de la poursuite d’études après la licence en soins infirmiers en IFSI
  • la reconnaissance de notre formation comme une science 
  • le développement de la recherche en sciences infirmières à travers des masters et doctorats enrichissant le domaine de la recherche actuel
  • l’innovation pédagogique à travers la mise en commun d’outils tels que les plateformes numériques ou la simulation
  • le renforcement de l’interprofessionnalité dans notre formation 
  • l’accès à tous les services universitaires pour l’ensemble des ESI améliorant les conditions de vie et de formation des étudiant.e.s 
  • la participation et la représentation des ESI dans la démocratie étudiante de l’université induisant le développement de services mais aussi de notre formation

Actuellement, la FNESI oeuvre pour l’intégration universitaire des IFSI en collaboration avec un grand nombre d’acteurs/trices. 

Nous travaillons déjà beaucoup avec les personnalités politiques en charge de ce dossier au sein des ministères à travers des prises de rendez-vous. Tous les mois, nous siégeons au Comité d’Intégration Universitaire du MESRI où nous effectuons un point d’étape sur les projets d’intégration pour l’ensemble des filières de santé qui possèdent les mêmes problématiques que nous ! 

Nous rencontrons et entretenons des relations avec les président.e.s des Universités de rattachement des IFSI afin d’accompagner ces acteurs/trices incontournables dans ce processus. Les Régions de l’ensemble du territoire national sont également sollicitées à ce sujet afin d’oeuvrer ensemble à l’amélioration des conditions de formation des ESI.

Une collaboration est aussi faite avec les fédérations de filières et les fédérations territoriales qui sont des associations d’étudiant.e.s représentantes d’un territoire ou d’une filière au niveau national. Ces interlocutrices-là se retrouvent pour certaines d’entre elles avec les mêmes problématiques que nous. Il est ainsi intéressant d’aller ensemble porter nos positions lors de rendez-vous. De plus, la FNESI a participé au Séminaire Intégration Universitaire organisé par la FAGE (Fédération des Associations Générales Etudiantes) et la FédéA (la Fédération des Étudiant.e.s d’Auvergne).  Le but de ce séminaire était de sensibiliser les fédérations territoriales sur cette thématique afin de leurs donner les outils pour faire avancer les choses au local. Ce fut également l’occasion de faire le point ensemble sur l’avancée de chaque fédération de filière sur ce dossier. 

Enfin, la FNESI forme et informe l’ensemble des étudiant.e.s en soins infirmiers à travers ses événements et différents canaux de communication (Sérum magazine, page Facebook, Twitter, Instagram, site internet) afin d’apporter le maximum d’éléments aux ESI sur l’intégration universitaire. Ceci permet par la suite à chaque étudiant.e d’amorcer ou d’accélérer le processus d’intégration au sein de son Université. 

Tout d’abord, en tant qu’étudiant.e en soins infirmiers, tu es le premier.e concerné.e par cette intégration universitaire. Il est donc important que chacun.e soit conscient.e de ses enjeux. Tu peux dorénavant informer tes ami.e.s et collègues de promotion sur cette thématique mais aussi en parler avec tes formateurs/trices ou bien ton/ta directeur/trice d’IFSI. Ce/cette dernier.e sera sans doute le/la plus en capacité de te donner des informations sur le processus enclenché au sein de ton Université de rattachement. 

Si tu es élu.e de promotion, tu as d’autant plus ce devoir d’information auprès des autres étudiant.e.s de ta promotion. Mais tu peux aussi aborder cette thématique lors d’une section de vie étudiante (SVE) ou bien lors de l’Instance Compétente pour les Orientations Générales de l’Institut (ICOGI). Il serait d’ailleurs intéressant d’interpeller les représentant.e.s de l’Université lors de ces réunions afin d’obtenir des informations précises à ce sujet. Tu peux également te présenter dès ce début d’année pour te présenter aux élections GCS où seul.e.s sont éligibles des élu.e.s de promotion des IFSI rattachés au GCS. Intégrer ce nouvel organe décisionnaire te permettra d’obtenir des informations sur l’intégration universitaire mais aussi de participer aux discussions sur le contenu de la convention tripartite. Au vue des enjeux de cette instance, il est primordial que les ESI y soient représenté.e.s.

Si tu es élu.e UFR ou départemental, tu peux également participer à de nombreuses discussions à ce sujet et améliorer l’intégration universitaire des IFSI. 

“Mais si les IFSI sont intégrés pleinement à l’université, il n’y aura plus d’instituts délocalisés.” 

→  pas forcément ! Il est effectivement possible que certains IFSI soient fusionnés afin de mettre en commun les moyens matériels et financiers mais cela ne sera pas le cas pour tous. Le maillage des IFSI pourra être semblable à celui des IUT (Instituts Universitaires de Technologie) propre à des antennes universitaires. 

Si l’intégration des IFSI à l’Université a lieu, nos formateurs/trices ne seront plus des cadres de terrain et donc n’auront plus l’expérience du terrain.” 

→ Pas vraiment ! Cette situation là n’empêche pas le fait d’avoir des cours délivrés par des personnes expertes dans le domaine qu’elles enseignent.

Si tu as la moindre question concernant l’intégration universitaire, n’hésite pas à nous contacter par mail sur l’adresse enseignementsup@fnesi.org, nous te répondrons avec grand plaisir. 

Margot SAUVESTRE, Vice-Présidente en charge de l’Enseignement Supérieur

Félix LEDOUX, Secrétaire Général en charge des Élections et du Suivi des Élu.e.s

Sérum 58 – Dossier
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