Fédération Nationale des Étudiant.e.s en Soins Infirmiers

L'association représentative des 90 000 étudiant.e.s en soins infirmiers de France

Les pratiques avancées autour du monde

[Chronicisation des pathologies, augmentation de l’espérance de vie, déserts médicaux… Les enjeux du système de santé actuel s’accumulent depuis des années ! Pour répondre aux besoins de la population, un nouveau métier apparaît à l’horizon : l’infirmier.e de pratiques avancées. En effet, depuis le 26 janvier 2016, la loi HPST (Hôpital Patient Santé Territoire) annonce la création de la profession et statue sur ses compétences. Mais une question se pose : sommes-nous précurseurs/euses ou retardataires?] 

Le Royaume-Uni et le Canada ont établi la catégorie des «infirmier.e.s praticien.ne.s» entre 1960 et 1970. Depuis, c’est dans 12 pays qu’existe la notion de pratiques avancées. Ces professionnel.le.s de santé sont apparu.e.s afin de réduire le temps d’attente pour obtenir des consultations médicales et donc permettre un meilleur accès aux soins dans des systèmes de santé qui avaient atteints leurs limites.

Quelques exemples à travers le monde …

Pour se faire, les infirmier.e.s de pratiques avancées au Canada ont la compétence pour prescrire et interpréter des tests de diagnostic, de prescrire des médicaments et même d’exécuter des procédures spécifiques dans leur champs de pratique, une fois le diagnostic de la maladie posé par le médecin. Ce sont des acteurs majeurs en terme de promotion de la santé et de soins préventifs. Certains se spécialisent dans le diagnostic et le traitement de maladies et de blessures bénignes aiguës, d’autres dans le contrôle et la gestion des maladies chroniques stables.

En 1993, au Canada, une Faculté en Sciences Infirmières a ouvert ses portes en proposant des filières doctorales. Des années plus tard, en 2009, a émergé le métier de  l’infirmier.e clinicien.ne, professionnel.le diplômé.e d’un master jouant un rôle comprenant la pratique, la consultation, la formation, la recherche et des tâches liées aux qualités de commandement (leadership). Ils/elles contribuent au développement des connaissances infirmières et des meilleures pratiques et répondent à des questio ns complexes de soins. Des études ont prouvés l’efficacité de cette réorganisation : les patient.e.s se sentent accompagné.e.s et les prises en soins sont assurées avec brio !

En parallèle, au Royaume-Uni, il existe au moins quatre catégories d’infirmier.e.s praticien.ne.s avancé.e.s : les infirmier.e.s clinicien.ne.s spécialisé.e.s, les infirmier.e.s praticien.ne.s , les infirmier.e.s consultant.e.s et enfin, les « community matrons». L’expérience du recours aux infirmier.e.s en pratiques avancées au Royaume-Uni remonte aux années 1970, quand des postes d’infirmier.e.s praticien.ne.s ont été créés pour accroître l’accès aux soins primaires. Leur champ de pratique n’est pas défini par une législation spécifique, ce qui réduit les obstacles à la modification de leur champ de pratique.

Vous l’aurez compris, chaque infirmier.e de pratiques avancées à son rôle bien défini dans le système de santé du Royaume-Uni. Dans ce modèle, le patient peut soit consulter un médecin généraliste ou un.e infirmier.e praticien.ne avancé.e, ou les deux. L’infirmier.e praticien.ne avancé.e peut coopérer avec le/la patient.e pour déterminer un plan de soin et peut fournir une grande proportion de ces soins elle-même/de lui même ou en collaboration avec des collègues médecins et d’autres professionnel.le.s de santé.

Le/la « community matron », retrouvé.e uniquement dans ce modèle, gère parfois des groupes de patient.e.s dans un état grave, nécessitant souvent des traitements hospitaliers ultérieurs et d’autres types de soins. Ils/elles sont responsables de la planification, la coordination et la prestation de soins, aussi bien que du contrôle continu de la qualité des soins et des résultats. Son rôle est assimilable avec le rôle traditionnel des médecins généralistes comme coordinateurs de soins.

Contrairement au Canada, les infirmier.e.s de pratiques avancées sont tou.te.s autorisé.e.s à prescrire des médicaments mais ils/elles doivent pour cela réaliser une formation supplémentaire depuis les années 1990. Le Royaume-Uni autorise les infirmière.e.s à prescrire des produits stupéfiants pour les soins palliatifs, incluant les puissants produits opiacés, mais pas les autres produits stupéfiants tels que les produits narcotiques.

Et en France alors, il fait quoi l’IPA?

En France, l’Infirmier.e de pratiques avancées devrait être habilité.e à réaliser des acti­vi­tés d’orien­ta­tion, d’éducation, de pré­ven­tion ou de dépis­tage ; des actes d’évaluation et de conclu­sion cli­ni­que, des actes tech­ni­ques et des actes de sur­veillance cli­ni­que et paracli­ni­que ou encore des pres­crip­tions de pro­duits de santé non soumis à pres­crip­tion médi­cale obli­ga­toire, des pres­crip­tions d’exa­mens com­plé­men­tai­res et des renou­vel­le­ments ou adap­ta­tions de pres­crip­tions médi­ca­les.

En bref, l’infirmier de pratiques avancées français correspond en quelque sorte à l’infirmier.e praticien.ne des pays énoncés plus haut, mais avec un champ de compétences plus réduit.

Un décret de compétences avec plus de précisions, rédigé par le Ministère de la Santé et des Solidarités, sera bientôt disponible.

Et on fait comment pour faire ça?

Grande question ! Des Masters en Pratiques Avancées existent déjà en France ! A l’heure actuelle, il en existe plusieurs sur différentes universités comme l’université Méditerranée Aix-Marseille, l’université Paris Est Créteil ou encore l’université Versailles Saint Quentin. Chacune propose des cursus différents avec des spécialités multiples. Cependant, un exercice minimal professionnel est requis et contraint les personnes à entrer dans ce master en formation continue. De plus, les professionnel.le.s diplômé.e.s ne bénéficient pas d’une valorisation salariale puisqu’encore aujourd’hui, l’infirmier de pratiques avancées n’est pas encore reconnu.e comme tel.le. Mais pas de panique : cela s’annonce pour bientôt ! Rendez-vous à la rentrée 2018 !

Lucie Léon, vice-Présidente en charge de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche

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