Fédération Nationale des Étudiant.e.s en Soins Infirmiers

L'association représentative des 90 000 étudiant.e.s en soins infirmiers de France

Historique de la formation en Soins Infirmiers

Depuis toujours, l’être humain s’est affairé à réparer, soigner et guérir. Mais qu’en est-il de la profession d’infirmier.e et de notre formation ? Qui sont nos ancêtres et quelles sont les perspectives d’avenir ?
De la charité religieuse aux sciences infirmières, des écoles aux IFSI et des élèves aux étudiant.e.s, voici l’histoire d’une profession et de sa formation qui ont su évoluer avec le temps.

De l’antiquité jusqu’au moyen-âge

Dans l’antiquité, les maladies sont liées à la magie ou à des phénomènes surnaturels impossibles à contrôler et l’art de soigner revient aux sorciers qui usent de magie. Au fil des siècles, la maladie devient un sujet d’observation, notamment avec Hippocrate (IVème siècle avant J-C) qui est l’un des premiers à réfuter les théories selon lesquelles les maladies étaient attribuées à des forces divines.

C’est avec le christianisme que la notion de soin infirmier apparaît et devient un devoir religieux. Ainsi, les évêques créent des maisons accueillants les malades et réservent certaines parties de leurs églises aux plus pauvres. Au VIème siècle, les premiers hôtels-Dieu apparaissent, comme par exemple à Lyon en 540 ou à Paris en 650. A cette époque, les soignantes sont des religieuses qui sont dévouées mais n’ont pas de compétences particulières.

À la fin du XVème siècle, en France, les rois et les bourgeois créent la fondation hospitalière à la suite de nombreuses épidémies. C’est ainsi qu’en 1398 le métier d’Enfermier apparaît. Son rôle était de laver, réconforter, nourrir et réaliser les soins courants sur les malades qui étaient enfermés, d’où son nom.


De l’époque moderne à la révolution française

Il faudra attendre 1633, avec Saint-Vincent-de-Paul, pour que l’on commence à reconnaître que la simple charité ne suffit plus mais qu’il faut de véritables connaissances afin de pouvoir soigner. La Compagnie des Filles de la Charité est alors créée et des jeunes femmes à la réputation irréprochable et avec une santé robuste sont recrutées. Elles sont formées par les soeurs qui leur fournissent des conseils et une éducation sur les besoins de la personne. C’est ainsi que la première forme de formation “infirmière” apparaît. Cependant, les soins plus techniques sont confiés aux élèves en chirurgie car les femmes n’ont à l’époque pas accès au milieu de la médecine.

En 1789, les pratiques soignantes évoluent avec la naissance de l’hôpital laïque. Les médecins réclament des infirmières formées, ce qui implique que les religieuses, qui n’ont aucune formation, deviennent des “gardes-malades”.


L’époque “technicienne” : Le début des formations

Au cours du XIXème siècle ont lieu d’importantes découvertes scientifiques et techniques. Les progrès sont multiples : hygiène (stérilisation et découverte des bactéries), chirurgie et anesthésie, pharmacie (vaccin contre la rage, antibiotiques, neuroleptiques) et dans l’appareillage médical (seringues en verre). Cependant, l’état des hôpitaux reste encore médiocre car l’hygiène est toujours inexistante et les malades sont regroupés dans de grands dortoirs. En Angleterre, la pionnière des soins infirmiers modernes, Florence Nightingale, est convaincue que l’amélioration des soins est liée à la qualité de la formation pour laquelle elle milite durant de nombreuses années afin de promouvoir son développement et son accessibilité. Ainsi, elle organise à la fin du siècle la première formation infirmière, qui dure à cette époque, un an. En France, c’est le Docteur Bourvenille qui initie la création d’écoles infirmières publiques et laïques en 1882, et elles seront obligatoires dans chaque ville où siège une faculté de médecine à partir de 1899. La formation dure alors deux ans et comporte de 8 à 12h de cours par mois auxquelles s’ajoute de la pratique enseignée par des monitrices. L’apprentissage se résume à la lecture du Manuel de l’infirmière ainsi que par des dictées sur l’administration, la laïcité et le portrait de l’infirmière “idéale”.

En 1905, Léonie Chaptal crée son école d’infirmière. Elle prône alors l’identité professionnelle, l’autonomie envers le corps médical, et a comme philosophie le fait que l’infirmière s’occupe plus de la personne souffrante que de la pathologie.

En 1922, le titre d’Infirmière Diplômée d’État apparaît mais ne sera obligatoire pour exercer qu’à partir de 1937. La formation est alors nationale et se compose de 22 mois de formations avec des notions portant aussi bien sur les maladies infectieuses et l’hygiène que sur l’administration hospitalière ou la cuisine.


L’époque d’après-guerre : Vers une identité professionnelle autonome

Après la guerre, la formation continue d’évoluer et la profession tend à s’autonomiser. Cela se traduit par la création d’un exercice libéral et de la spécialité d’infirmière puéricultrice en 1947, puis de la première école d’infirmier.e-anesthésiste en 1949 ainsi que la spécialité d’Infirmier.e de Secteur Psychiatrique (ISP). La profession devient de plus en plus mixte. Les programmes de 1951 et de 1961 développent progressivement le profil d’un.e infirmier.e technicien.ne autonome dont le versant humaniste est indispensable pour remplir la fonction de soignant.e. Lui sont confié.e.s la responsabilité des soins d’hygiène et de confort ainsi que la capacité d’intervenir seul.e en cas d’urgence.

En 1972, le programme est à nouveau réformé. La durée des études passe à 28 mois, les rôles d’éducation thérapeutique, de promotion à la santé et de prévention sont ajoutés et la recherche infirmière est intégrée.

L’autonomie de l’infirmier.e est définitivement actée avec la loi de 1978 qui donne une nouvelle définition de la profession en y incluant le “rôle propre” ainsi que les différentes actions de prévention, d’éducation à la santé et de formation. La formation évolue de nouveau en 1979 avec un cursus de trois ans et une alternance entre les stages cliniques et les cours de contenu théorique. Ainsi, malgré l’influence persistante du modèle médical, les évolutions dans la prise en charge du/de la patient.e montre un premier détachement à la tradition médicale. La démarche de soins est enseignée selon un modèle de soins infirmiers et l’infirmier.e est formé.e pour soigner un.e patient.e et non pas une maladie.

A partir de 1980, les infirmier.e.s peuvent développer des pratiques ou des champs d’activités spécifiques grâce à l’ouverture des diplômes universitaires.


1992 : Les élèves deviennent des étudiant.e.s et les écoles des IFSI

En 1992, le Diplôme d’État “généraliste” est créé, c’est la fin de la formation spécifique des Infirmier.e.s de Secteur Psychiatrique. Entre 1992 et 2009, la formation dure 3 ans et demi, les écoles d’infirmières deviennent des Instituts de Formations en Soins Infirmiers (IFSI) et les élèves des étudiant.e.s en soins infirmiers (ESI). Concernant la théorie, chacun des vingt-huit modules fait majoritairement référence à un domaine médical et ceux uniquement consacrés aux savoirs professionnels infirmiers sont peu nombreux. Les stages ont une durée de 4 semaines, soit environ 5 par an, et comportent des Mises en Situation Professionnelle (MSP) deux fois par an qui durent une demi-journée et sont pris en compte pour l’attribution du Diplôme d’État. Les MSP sont pour les ESI source de stress intense, ils s’en souviennent parfois comme “une pièce de théâtre”. Le DE n’est reconnu qu’au niveau bac +2 ce qui permet très difficilement la poursuite d’étude. Il n’y a pas de liens avec les universités, les ESI sont totalement exclu de tous les services universitaires dont les restaurants universitaires et cité U.

Parallèlement à la nouvelle formation, en 1993 paraît un décret relatif aux actes professionnels et à l’exercice de la profession infirmière. Il comprend l’ensemble des règles professionnelles, les devoirs généraux des infirmier.e.s (respect de la dignité, du secret professionnel, de la confidentialité), les devoirs envers les patient.e.s (respect du/de la patient.e, principe de non discrimination, continuité des soins, etc.) et les règles de confraternité entre professionnel.le.s.


1999 : Le début de l’universitarisation

En 1998, l’idée de l’uniformisation du système d’études supérieures Européen est lancée par les ministres de l’enseignement supérieur français, allemand, britannique et italien. Un an après, en 1999, le processus de Bologne est lancé par 29 pays. Chacun établit six lignes directrices en associant son propre système d’enseignement supérieur. Apparaissent alors les notions de crédits européens (ECTS) ou encore le système Licence/Master/Doctorat (LMD). Un crédit est égal à 24h de travail étudiant et il valide des compétences et non plus des connaissances et les semestres sont organisés par Unités d’Enseignements (UE). Cependant, il est à savoir que la formation est rattachée, encore aujourd’hui, au Ministère des Affaires Sociales et de la Santé (MASS), et non à celui de l’Enseignement Supérieur comme le sont les autres formations universitaires.

En 2006, les premières réflexions émergent quant au système de formation des étudiant.e.s en soins infirmiers. Il faut alors la repenser, l’améliorer en regard du processus de Bologne et des démarches d’uniformisation européenne des formations sanitaires et sociales. Pendant 2 ans des groupes de travail sont constitués par des syndicats partenaires sociaux et professionnels ainsi que des associations et experts. Leur objectif est de créer dans un premier temps un référentiel d’activités, puis un référentiel de certification composé d’un référentiel de compétence, de formation et d’évaluation. Cet ensemble est basé sur l’autonomie et la réflexivité de l’étudiant.e.

L’année 2009 voit naître les Groupements de Coopération Sanitaire, qui fixent la convention tripartite entre Région qui finance notre formation, les universités et les IFSI, mais également le grade licence.

Enfin, le 31 juillet 2009, l’arrêté relatif au Diplôme d’État d’Infirmier est publié au journal officiel. Il signe le début d’une formation innovante et d’une nouvelle génération d’infirmier.e.s. Les MSP disparaissent, les modules sont remplacés par des UE et la formation vise à rendre les ESI autonome.s, réflexif/ve.s et compétent.e.s


La profession en 2017

Selon le code de santé, la profession infirmière est définie de la manière suivante:Est considérée comme exerçant la profession d’infirmière ou d’infirmier toute personne qui donne habituellement des soins infirmiers sur prescription ou conseil médical, ou en application du rôle propre qui lui est dévolu.

L’infirmière ou l’infirmier participe à différentes actions, notamment en matière de prévention, d’éducation de la santé et de formation ou d’encadrement.”

Loin de l’infirmier.e simple exécutant.e de soins, il/elle est le pilier de la prise en charge du/de la patient.e. Bien que la réforme ait été source de confrontation entre professionnel.le.s,  elle a aujourd’hui fait ses preuves. Mais chaque système doit avoir son lot d’amélioration.

Aujourd’hui les cours sont dispensés par des médecins, rares sont les IFSI où les cours sont réalisés par des  universitaires. On l’a vu grâce à l’histoire, la prise en charge des patient.e.s ne peut se faire qu’en acquérant de réelles compétences, que cela soit en cours ou en stage. Permettre aux étudiant.e.s d’accéder à un savoir de qualité, c’est leur permettre d’être formé.e.s par des intervenant.e.s de qualité, et dont les cours sont adaptés à la profession. C’est aussi en se libérant des clichés véhiculés depuis des années que la profession évolue ainsi que la reconnaissance de notre métier.


L’étudiant.e de demain

Dans ce contexte, les soins infirmiers doivent avoir leur propre département de recherche, leurs propres doctorants en sciences infirmières comme cela peut être le cas en Suisse. Pour cela la formation doit obtenir son intégration universitaire pleine et entière comme le précise le rapport IGAS-IGAENR (rapport Marsala).

Celle-ci permettra aux étudiant.e.s d’avoir les mêmes modalités d’évaluations sur l’ensemble du territoire avec la mise en place de modalités de contrôle des connaissances nationales. Ainsi une co-tutelle de la formation entre le MENESER* et le MASS* prendra alors tout son sens et pourra proposer une nouvelle approche innovante de la formation en soins infirmiers.  

De plus, la reconnaissance de notre diplôme français reste problématique à l’échelle européenne. La possible mobilité est une réelle plus value dans notre formation. Là encore une disparité persiste sur le territoire français. Cette intégration permettra également de faciliter l’accès aux étudiant.e.s en soins infirmiers au programme ERASMUS +, actuellement non  mis en place systématiquement dans les IFSI et qui à terme permettra d’accroître leur mobilité.

La création d’UFR* en sciences infirmières au sein du secteur de la santé des Universités, permettra la création d’un système inter-filières permettant ainsi à l’étudiant.e d’être plongé.e, dès ses études dans un système pluri-professionnel et pluri-disciplinaire, lui apportant une meilleure connaissance des compétences des professionnel.le.s avec lesquel.le.s, il/elle interagit tout au long de ses études et plus tard lors de l’exercice de sa profession. “Apprendre ensemble pour travailler ensemble”, voilà le processus à adopter.

Et enfin, favoriser la naissance des Infirmièr.e.s de Pratiques avancées est une véritable perspective d’avenir (cf. sérum 48), et permettra une expertise dans la prise en charge des patient.e.s.

Selon les revendications et positions portées actuellement par la FNESI et ses partenaires, l’étudiant.e en soins infirmiers de demain étudie donc à l’université et les enseignements sont assurés par des personnes titulaires de masters et/ou doctorats. L’interdisciplinarité est favorisée et les poursuites d’études sont aisées en particulier avec les pratiques avancées. L’ESI a accès normalement aux BU et cités universitaires et la précarité est prise en compte. La profession est mieux reconnue, les moyens financiers et humains ont augmenté. Les IDE se souviennent des mouvements et revendications qui ont permis d’améliorer leur quotidien !


Pour finir

La profession infirmière et sa formation ont été, sont et seront en constante évolution au fil du temps. L’infirmier.e, l’étudiant.e et leurs représentant.e.s savent s’adapter au changement de la société et aux évolutions de la médecine pour répondre au mieux aux besoins des populations, et ainsi assurer les missions qui leurs sont confiées.

Nous, étudiant.e.s, qui sommes les professionnel.le.s de demain, soyons les moteurs d’une profession autonome dans sa réflexion, mais travaillons en collaboration avec les autres professionnel.le.s. Nous ne devons jamais cesser de nous questionner,  soyons force de propositions pour notre formation, pour les soins infirmiers et pour nos patient.e.s.

Jean EFFANTIN, Vice-président en charge de la PCS

Antoine JOURDAN, Vice-président en charge de l’Innovation Sociale

Justine PEGUET-REVUZ, Vice-présidente en charge de la Démocratie étudiante

Les mouvements IDE/ESI : De “Ni bonnes, ni nonnes, ni connes” à “Soigne et tais-toi ? Non !”

À l’automne 1988, 100.000 « blouses blanches » défilent dans les rues pour se faire entendre. Les banderoles affichent le slogan « Ni bonnes, ni nonnes, ni connes » et montrent que ces professionnel.le.s veulent en finir avec l’image traditionnelle de “l’infirmière bonne sœur”. Elles/ils revendiquent l’abrogation de la loi Barzach qui permet aux non bacheliers d’intégrer les études, mais aussi une hausse des salaires immédiate, une reconnaissance de leur statut, des postes supplémentaires, et l’amélioration de leurs conditions de travail. C’est alors le début de l’expression d’une profession en souffrance et victime de ses clichés. Les médias et la société s’intéressent de plus en plus au mouvement. Cependant, alors que les mois passent, les IDE ne sont toujours pas entendu.e.s. En 1991, un nouveau mouvement a lieu et les infirmier.e.s manifestant.e.s se voient reçu.e.s par des grenades lacrymogènes et des canons à eau. Le bilan fait office de plusieurs blessés et les images tournent en boucle à la télévision. C’est en 2000 qu’un mouvement réapparaît. À la grande surprise, les étudiant.e.s se mobilisent en masse face à une augmentation des quotas d’admission (entre 35 % et 55 % d’augmentation selon les instituts) et un manque de moyens mis en parallèle. En octobre, ce sont 14000 étudiant.e.s qui se mobilisent dans toute la France. C’est à ce moment-là que la FNESI voit le jour et que les étudiant.e.s sont reçu.e.s au ministère.  En 2003, 2006, 2011 et 2014 de nouvelles mobilisations étudiantes ont lieu. Au fur et à mesure des années sont obtenues l’indemnisation sur les stages, le remboursement des frais de déplacement, l’accès aux oeuvres et aux restaurants universitaires, et les bourses d’études revalorisées etc.

Le Mardi 8 novembre 2016, ce sont plus de 10 000 professionnel.le.s et étudiant.e.s infirmier.e.s qui sont mobilisé.e.s à l’appel de la FNESI et de 16 autres organisations professionnelles lors du mouvement Soigne et tais-toi. Plusieurs revendications seront entendues, comme la revalorisation des indemnités de stage ou l’alignement des bourses sur celles du CROUS. Cependant, la FNESI est une organisation progressiste et elle ne cessera de revendiquer des avancées tant que l’égalité entre les étudiant.e.s universitaires et les ESI ne seront pas respectées.

Sources

  • LEROUX HUGON, V., POIRIER, J. & RICOU, P. (1997). L’histoire de l’école d’infirmière de la Salpêtrières.
  • CALBERA, J.-B. (2003). L’historique et le mythe. La profession infirmière.
  • DEBOUT, C. (2009). Étapes clés de la profession. Savoirs et soins infirmiers.
  • MAGNON, R. (2006). Les infirmières : identité, spécificité et soins infirmiers. Editions Masson ; Paris.
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