« En tant que soignante je tiens à respecter mes stagiaires afin qu’ils ou elles ne vivent jamais ce que j’ai vécu. »

 

Témoignage

Valentine* est infirmière depuis 2013. Elle nous a contacté pour livrer son témoigne et revenir sur son vécu en tant qu’étudiante, la vie à l’IFSI, les stages et sur la professionnelle qu’elle est devenue.

 

FNESI : Bonjour Valentine, et merci de répondre à nos questions. Tout d’abord, pourquoi ce témoignage ?
Valentine : Bonjour à vous, je voulais répondre moi aussi au questionnaire que vous avez publié, mais à ma manière car je ne suis plus étudiante depuis 2013.
Après lecture des questions, je me suis dis que je voulais vous faire un petit topo de ma situation.

 

FNESI : Raconte nous un peu ton parcours et qui tu es.
Valentine : Je suis une femme de 25 ans maintenant, mais je suis rentrée à 18 ans à l’IFSI et j’en suis sortie diplômée à 22 ans car j’ai redoublé ma deuxième année. J’ai étudié à l’IFSI de Montélimar, région Auvergne Rhône alpes.
J’ai pu subvenir à mes besoins grâce à une bourse allouée par la région et par des allocations de formation de Pôle Emploi (en 3ème année uniquement). Je peux dire que j’avais une situation financière plutôt bonne car je m’en donnais les moyens. Je travaillais parallèlement comme AS un week-end sur deux et toutes mes vacances scolaires. Ce qui me faisait environ 14h de travail en plus de ma semaines de formation ou de stage. Alors oui il y avait un impact négatif : la fatigue. D’ailleurs pas toujours comprise par les soignants que j’ai pu côtoyer en stage…
Mais ce fût une très bonne expérience professionnelle !

 

FNESI : Selon toi, la formation a-t-elle eu un impact sur ta santé tant psychologique que physique ?
Valentine :A 18 ans, on peut dire que j’avais une bonne santé, la formation a un peu fragilisé tout ça : prise de poids notamment… plus de 10kg en 4 ans…
Le manque de sport n’a pas aidé mais entre le travail en plus et la fatigue, il était difficile pour moi de me consacrer à une activité physique.
Ma santé psychologique a eu des hauts et des bas pendant la formation, l’augmentation du stress, fatigue psychologique, crises d’angoisse, dépression.
J’ai du prendre des médicaments pour parfois continuer d’avancer. J’ai donc du être arrêtée quelques fois à cause de ça…
Sur d’autres plans, c’était pas trop mal :
le sommeil était suffisant mais surtout : je ne me suis pas mise à fumer. Et je n’ai jamais touché de drogues durant ma formation… ce qui n’est pas le cas malheureusement de tou.te.s.

 

FNESI : As-tu pensé parfois à arrêter ?
Valentine : Oui, j’ai pensé de nombreuses fois à arrêter ma formation car ça devenait trop dur psychologiquement et je n’avais plus la force d’avancer. Mais grâce à certaines rencontres comme des formateurs et formatrices ainsi que des professionnel.le.s, j’ai trouvé la force en moi de continuer pour arriver à mon rêve : être infirmière.

 

FNESI : Pourquoi ?
Valentine : J’ai parfois eu des situations où je me suis sentie rabaissée par d’autres soignantes, qui pouvaient tourner en ridicule mon savoir et mes questions… Je garde quelques mauvais souvenirs de stages… Et dire que la formation n’a pas d’impact sur ma vie personnelle serait un très gros mensonge ! Comment faire autrement quand vous y consacrez votre vie pendant 4 ans ?

 

FNESI : un mot pour finir ?
Valentine : Je reste quand même très satisfaite de mon IFSI, j’y ai vécu de beaux moments et j’en garde de bons souvenirs mais j’en ai bien bavé.
Je crois que si aujourd’hui, on me demandait de recommencer, je dirais non. Je ne serais pas capable de revivre certains moments. D’ailleurs, c’est pour cela qu’aujourd’hui, en tant que soignante je tiens à respecter mes stagiaires afin qu’ils ou elles ne vivent jamais ce que j’ai vécu.

 

*le prénom a été modifié à la demande de l’infirmière.

Retrouvez l’enquête sur le bien-être étudiant de la FNESI ICI

bnfnesi17 mars 2017 : Témoignage d’une infirmière « en tant que soignante je tiens à respecter mes stagiaires afin qu’ils ou elles ne vivent jamais ce que j’ai vécu »